San Leo storia della rocca di Cagliostro
Il était une fois un magicien. Non, un charlatan. Il était né en Orient. Mais non ! Il était sicilien. Il transformait le métal en or. Un alchimiste ? Un vulgaire escroc ? Seulement un aventurier avec peu de scrupules et beaucoup de noms. Conte de Cagliostro ? Ou Giuseppe Balsamo ? La forteresse de San Leo murmure son histoire, mais c’est un récit à deux voix. On peut écouter la chronique ou bien la légende. Elles sont enchainées ensemble, dans la cellule où Cagliostro fut enterré vivant par l’Inquisition.
Ici “en l’an de grâce
Justement par crainte, sinon que ses démons, mais au moins que ses adeptes puissent le libérer, Pio VI l’avait fait transférer de la cellule du Château Sant’Angelo à la forteresse de San Leo, transformée en prison par l’Inquisition. Pendant quatre ans, Cagliostro fut régulièrement affamé et torturé. Et puisque le “sorcier” ne se décidait pas à mourir, on dit qu’il fut étranglé. Eh oui, il faisait peur Cagliostro l’imposteur. Ami des esprits malins mais aussi de
Dès lors, il avait voyagé dans toute l’Europe, se faisant bizarrement appelé Achara, Marquis Pellegrini et conte de Cagliostro. Jamais Giuseppe Balsamo. Il nia toujours le fait d’être ce “gibier de potence”, un palermitain d’origines modestes. Un novice enfui du couvent de Caltagirone. Pas alchimiste, mais escroc et faussaire. Ainsi soutinrent les juges, ainsi il passa à l’histoire. En plus d’un “conte”, un maquereau qui vivait en prostituant sa femme. Autre que “comtesse Serafina”, la prêtresse qui officiait les rites de Osiride à ses cotés s’appelait également Lorenza Feliciani, et était une aventurière romaine. Balsamo lui-même, des années auparavant, l’avait dénoncée pour adultère après une fugue galante avec un riche parisien. Lorenza avait fini en cellule. Et en 1970, les actes du Tribunal de l’Inquisition dessinent le portrait-robot d’un magicien de l’escroquerie, d’un franc-maçon “hérétique”.
Cagliostro fut arrêté le 27 décembre 1789 à Rome, où il espérait obtenir du pape la reconnaissance de sa franc-maçonnerie de rite égyptien. Après plusieurs mois de procès, le 7 avril 1791, la condamnation : peine de mort, transformée en “prison à perpétuité à purger en forteresse”. Commença alors le calvaire : contraint à l’abjuration, Cagliostro marcha pieds nus du Château Sant’Angelo à l’Eglise de Sainte Marie au-dessus de Minerve, où il s’agenouilla, demandant pardon. C’était le 20 juin, la foule l’insultait. “Une nuit de tempête”, écrit un chroniqueur du Moniteur, “le magicien échange un tonnerre pour le grondement d’un canon”. <<Je suis ici, libérez-moi>>, criait-il. Et les juges, effrayés, le transférèrent à San Leo.
L’homme qui était vénéré comme un saint devint la tête de turc des foules. Goethe le tourna en ridicule dans un opéra-buffet, Le Grand Copte. Mais dans le fracas des insultes, se levèrent les notes d’un compositeur, comme lui franc-maçon, et la flute enchantée de Mozart, qui lui rendent hommage.
Aujourd’hui, la prison est un musée, les oubliettes résonnent seulement des pas des visiteurs qui s’accordent un frisson devant sa cellule. Le pèlerinage se conclut à coté d’une vilaine table étroite, comme une pierre tombale : “Aucune fleur sur la tombe du conte, personne ne sait où elle est, personne ne l’a jamais retrouvée”.
“La sépulture ecclésiastique”, raconte l’acte de décès, “lui a été refusée. Son corps a été enseveli au sommet d’une montagne, dans la partie qui décline à l’ouest”. Tué par les privations ou par les geôliers ? Les journaux de l’époque parleront d’assassinat, l’aumônier de la prison d’une crise d’apoplexie. Sa mort, comme sa vie, reste enveloppée de mystère. Beaucoup, depuis ce 26 août 1976, jurent l’avoir rencontré.



